Exposure triangle
Il faut commencer par maitriser le triangle de l’exposition !
Qui n’a pas déjà lu ce genre d’exhortation ? Sur FB ou ailleurs ?
Comme si le triangle de l’exposition était le commencement incontournable de toute pratique photo.

Personnellement, cela me fait autant réagir que tout propos complotiste ou platiste. J’en rigole, mais ça me désole quand même. Pourquoi ?

Parce que le triangle de l’exposition utilise les mêmes mécanismes : se baser sur un peu de « vrai » pour asséner beaucoup de « faux ». Le « vrai », c’est qu’il existe trois paramètres interdépendants en photographie. Le « faux », c’est qu’ils n’ont jamais été les seuls et n’ont jamais formé aucun triangle autre que dans des tentatives pédagogiques ou marketing !
Petite histoire :
En 1990, Bryan Peterson écrit son livre « Comprendre l’exposition » dans lequel il définit « le triangle photographique ». En 2005, avec le développement de la photo numérique, Jim Miotke reprend le concept et démocratise le concept « exposure triangle ».
Faut-il croire qu’avant eux personne ne savait faire de photographie ? Bien sûr que non !

























Sur ces 25 photos parmi les plus célèbres de l’histoire de la photographie, seules deux sont postérieures à la notion de triangle de l’exposition
Petite sémantique :
Sensibilité iso, vitesse d’obturation et ouverture de diaphragme peuvent elles constituer le triangle de l’exposition ? Il suffit d’utiliser une analogie : Pour savoir conduire une voiture à boîte de vitesse manuelle, il faut maitriser la pédale de l’embrayage, celle du frein, et celle de l’accélérateur. Qui va revendiquer le concept du « triangle des pédales d’une voiture » ?

Personne ! Car ce n’est pas plus un triangle que ne le sont iso, vitesse et diaph. Le « triangle de l’exposition » est une astuce pédagogique pour rappeler que tous les paramètres de l’exposition d’une prise de vue sont liés et interdépendants… Sauf que ces paramètres ne sont pas trois. Ni ne forment un triangle…
Ce qui me désole :
C’est que certains essayent de faire passer pour expertise photographique une approche technique qui passe à côté de l’essentiel. Et l’essentiel en photo, cela commence par une intention photographique. Le ou la photographe a d’abord une idée de l’image qu’il ou elle souhaite créer. Cette image existe dans son cerveau avant même d’être « vue » ou photographiée.
Veut-on faire un high key ? Faire ressortir un éblouissement ? Ou au contraire est on en mode ténébreux et low key ? Recherche-t-on une monotonie grise, un camaïeu ou au contraire une explosion de contrastes ? Ce choix, cette intention, est le premier paramètre de toute photo.
Deuxième paramètre, suffisamment important pour être à l’origine même du nom photographie : la lumière. On ne la subit jamais ! Choix de l’heure de la séance, choix de l’orientation, choix d’utiliser un diffuseur, un réflecteur, une source, un filtre… Ne pas prendre la lumière en tant que paramètre d’exposition est un non-sens.
Deux des paramètres les plus importants sont abordés, et ils n’ont pas trouvé place dans le fameux triangle ! Si on force un peu le trait, on se retrouve avec un triangle à 5 côtés ! Et le dessiner sous la forme d’un pentagramme serait tout aussi erronné.
Pour conclure :
L’exposition photographique repose sur au moins 5 paramètres. Les interdépendances du triptyque sensibilité/vitesse/ouverture ne fonctionnent pas selon une relation triangulaire, mais plutôt deux à deux comme un ensemble de trois balances : agir sur un paramètre demande une réaction sur un ou deux des autres paramètres pour conserver un équilibre voulu dans des conditions d’éclairage. Dans la pratique, ce sera souvent une action du type « j’agit sur un, et je modifie un autre en fonction ». Par exemple multiplier par deux la durée du temps de pose pour réduire la sensibilité de moitié. Ou fermer d’un « clic » de diaphragme pour doubler la durée du temps de pose.
Cela pourrait aussi être « vouloir une image plus sombre en réduisant la puissance d’un flash, ou en l’éloignant ».
Le « triangle » n’existe pas, mais la compréhension de ces paramètres, sur et hors appareil photo, est bien une maitrise nécessaire pour faire de la photo.
De plus, la vitesse d’obturation est un paramètre de la quantité de flou de bougé. L’ouverture du diaphragme est un paramètre de la profondeur de champ. L’amplification du signal qui tient lieu de sensibilité iso est un paramètre de l’apparition de bruit numérique…
Triangle ? Vous avez dit triangle ?
